• 15 Mai 2018

Alors que la semaine de ventes de la collection de Peggy et David Rockfeller s’achève chez Christie’s sur un total de 828 millions de dollars, deux grands noms du marché de l’Art discutent de son évolution. Larry Gagosian et Edward Dolman analysent les ventes toujours plus incroyables et les difficultés des galeries émergentes.

La Vague par Paul Gaugin

La Vague, 1888 © Paul Gaugin

L’analyse de la folle semaine de Christie’s par Larry Gagosian et Edward Dolman

La maison de ventes aux enchères Christie’s a préparé la vente de ses lots issus de la collection de Peggy and David Rockfeller depuis plusieurs mois. Sa stratégie marketing, notamment focalisée sur l’histoire de ce couple issu de l’une des familles les plus iconiques et les plus riches des Etats-Unis a fonctionné au delà de toutes les espérances. Art-Trope a d’ailleurs dédié un article à la collection du couple de milliardaires. Ainsi, la totalité des 900 lots en vente jusqu’au vendredi 11 mai 2018 a trouvé des acheteurs. Le volume total des ventes atteint 828 millions de dollars. Doug Woodham, Conseiller en Art à New York parle de “connexion émotionnelle.” Larry Gagosian, l’un des principaux marchands d’Art internationaux et Edward Dolman, Directeur Exécutif de Phillips, se sont exprimés sur le sujet au festival “The Future is Everything” organisé par le Wall Street Journal à New York. Tous deux ont pris l’exemple du lot star de la vente: la Fillette à la corbeille fleurie de Pablo Picasso réalisée en 1905. Le tableau a été vendu pour 115,1 millions de dollars après une estimation renforcée, passant de 70 à 100 millions. Ainsi, pour les deux géants de l’Art, Christie’s devait avoir une garantie, et l’absence d’enchères réelles explique le peu d’engouement de la salle au moment de la vente.

Gabrielle au miroir par Pierre-Auguste Renoir

Gabrielle au miroir, 1910 © Pierre-Auguste Renoir

Le futur du marché de l’Art vu par deux de ses principaux acteurs

La conversation entre Larry Gagosian et Edward Dolman a dérivé sur l’avenir du marché de l’Art. Après la vente pour 450,3 millions de dollars du Salvator Mundi, tableau le plus cher du monde, la question de la vente de la première oeuvre à 1 milliard de dollars se pose. Selon Larry Gagosian, Vincent Van Gogh pourrait être un concurrent sérieux à Léonard Da Vinci. Néanmoins, Edward Dolman parie d’avantage sur Pablo Picasso ou une autre oeuvre du Grand Maître italien. Edward Dolman a déclaré “je pense donc que ces nouveaux records permettent aux gens de se sentir plus à l’aise à l’idée de dépenser autant d’argent si quelque chose de génial arrive sur le marché.” Cependant, le bilan des ventes les plus lucratives du marché de l’Art met au jour des disparités selon les Artistes. Alors que l’Art Moderne reste solide, la Photographie d’Art quant à elle, connaît des variations inquiétantes. Art-Trope a dédié un article sur ce sujet. De même, l’Art Contemporain est encore loin d’égaler les sommes des ventes d’Art ancien. Enfin, les noms associés aux collections, comme celui des Rockfeller, ont un impact réel sur les ventes qui peuvent parfois s’éloigner des Artistes présentés.

La survie des galeries émergentes en danger

Larry Gagosian et Edward Dolman ont continué leur conversation en abordant la question des petites et moyennes galeries. En effet, ces dernières ont de plus en plus de difficultés à survivre et à faire émerger leurs Artistes encore inconnus. Art-Trope en avait parlé dans un article dédié. David Zwirner, l’un des marchands d’Art les plus importants, a récemment proposé que les plus grandes galeries contribuent au développement des plus petites en payant d’avantage la location de leurs stands aux foires par exemple. “Je pense que c’est vraiment un bon système de mon point de vue” a déclaré Larry Gagosian en parlant de la situation actuelle. Pour lui, la question de la survie des petites galeries est “cyclique” dans ne économie unique. Il prône une intervention aussi faible que possible dans ce marché particulier. Selon lui, cela se justifie car “c’est très facile d’ouvrir une galerie (…). Il n’est pas nécessaire d’avoir un fort capital et l’on peut trouver des fonds colossaux pour démarrer une galerie.” Néanmoins, la nouvelle difficulté, comme le rappelle Wendy Cromwell, Conseillère en Art à New York, est que les collectionneurs et galeries émergentes possèdent désormais des œuvres dont la valeur actuelle est inférieure à l’originale. Or, ce sont là les fondations du marché de l’Art.

Le Tapis vert by Juan Gris

Le Tapis vert, 1925 © Juan Gris

 

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Sources: Artnet et The Art Newspaper