• 28 Fév 2018

Beaux Arts Magazine a édité, en septembre 2017, un ouvrage qui propose une lecture surprenante de l’histoire de l’Art. En effet, dans son livre Amours fous, Passions fatales, Alain Vircondelet a sélectionné environ trente couples de grands Artistes pour mieux en dévoiler la dimension intimiste et parfois sulfureuse qu’ils entretiennent avec l’Art. Il s’agit d’entrer dans le secret de la création artistique de grands maîtres tels: G. Klimt et E. Flöge, P. Picasso et F. Gilot, M. Ray et Kiki de Montparnasse, mais surtout Marc Chagall et Bella Rosenfeld. Nous mettons l’accent sur cet iconique duo.

Cette oeuvre de Marc Chagall a été peinte en 1915 et s'intitule "L'Anniversaire".

L’Anniversaire, 1915 © Marc Chagall

Un coup de foudre

Marc Chagall et Bella Rosenfeld se rencontrent en 1909 en Russie alors qu’ils ont tout juste la vingtaine. Dès cette rencontre le couple semble partager une même vision du monde. Ainsi, Bella Rosenfeld, écrivaine talentueuse, a écrit à propos de sa rencontre avec Marc Chagall: ‘lorsque vous croisiez son regard, ses yeux étaient si bleu qu’ils semblaient être tombés tout droit du ciel. C’étaient des yeux étranges… long, en amende… et chacun d’entre eux donnait l’impression de voguer à son gré tel un bateau.” La rencontre se produit chez Théa, alors amante de Marc Chagall et amie de Bella Rosenfeld. L’Artiste a décrit la rencontre en 1922 qui figure dans son auto-biographie. Son ton est alors celui d’un être éperdument amoureux et subjugué: “son silence est le miens. Ses yeux, les miens. C’est comme si elle me connaissait depuis longtemps (…)”. C’est amour indéfectible ne quittera jamais Marc Chagall malgré la mort de sa compagne en 1944 alors atteinte d’une infection virale aux Etats-Unis.

Une adoration sans cesse renouvelée

Une importante partie des œuvres de Marc Chagall sont dédiées à Bella Rosenfeld, que ce soit pendant son vivant ou après sa mort. Ainsi, son influence sur toute la production artistique du peintre est essentielle. Au moment de leur rencontre, Marc Chagall, alors âgé de 22 ans, était l’élève du peintre russe Léon Bakst. Ce dernier était très connu des européens, notamment pour ses dessins, peintures, décors et costumes. Bien que reconnu par la cour et les Beaux-Arts de l’époque, l’Art qu’il met en place est nouveau qui entend se détacher su cubisme pour proposer une nouvelle lecture de l’Art russe. C’est à son contact que Marc Chagall va se construire avant de partir à Paris, alors capitale mondiale de l’Art. Le couple revient en Russie en 1916 à Vitebsk, dans la ville de leur jeunesse. Emportée trop jeune par une maladie virale, Bella Rosenfeld restera l’être absolu de Marc Chagall. En effet, un an après sa mort en 1944, Marc Chagall, anéanti par le chagrin, ne peindra plus pendant un an.

Cette photographie proposée par Shalom Books représente Bella Rosenfeld Chagall.

Bella Rosenfeld Chagall © Shalom Books

Une influence sur toute la production artistique

L’éternelle mariée vêtue de blanc est une figure centrale dans la production artistique de Marc Chagall. Cette évocation de Bella Rosenfeld lui donne une dimension sacrée, voire biblique. En effet, sa représentation se fait majoritairement sous la forme d’une figure qui survole et enveloppe la toile comme pour mieux la protéger. La succession d’un tel motif sur les œuvres du peintre jusqu’à sa mort suggère une adoration de l’être aimée. Bella Rosenfeld devient une déesse à laquelle le peintre n’a de cesse de rendre hommage et de vénérer, de son vivant comme après sa mort. Sa présence illumine les tableaux du maître à travers les âges. Cela illustre la “chimie opérée” comme l’avait évoqué l’Artiste à propos de sa rencontre avec la jeune femme ainsi que de l’histoire qu’ils ont construite ensemble.

Cette oeuvre de Marc Chagall a été faite en 1913 et s'intitule "Autoportrait à 5 doigts".

Autoportrait à cinq doigts, 1913 © Marc Chagall

 

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Sources: Beaux-Arts Magazine et The Guardian