• 7 Fév 2018

Le 22 sepembre 2017, le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (MOCAA) a ouvert ses portes à Cape Town. Installé dans un silo à grains reconditionné par l’architecte britannique Thomas Heatherwick, le musée s’est autoproclamé comme le plus grand musée d’Art contemporain africain du continent. Que peut-on dire après ses premiers mois de fonctionnement?

Cette photographie d'Iwan Baan représente l'extérieur du Zeitz Museum of Contemporary African Art ouvert en septembre 2017 à Cape Town en Afrique du Sud.

Vue du Zeitz MOCAA © Iwan Baan

Un musée – oeuvre

Le bâtiment réhabilité pour accueillir le musée est une oeuvre à elle seule. Véritable prouesse architecturale, la structure a laissé la part belle au béton. En effet, il s’agissait de préserver l’aspect originel du silo, par ailleurs à l’abandon depuis 2001. Ainsi, l’architecte britannique Thomas Heatherwick a choisi de déployer, à l’intérieur, un atrium creusé de 27 mètres dans les 42 anciens tubes de stockage. Les neufs étages du silo reconditionné, par ailleurs construit en 1921, totalisent une surface d’exposition totale de près de 6000 m2. Depuis l’annonce de sa construction et de son intention d’accueillir le collection privée de Jochen Zeitz, milliardaire ayant redressé Puma, le musée n’a connu que des appellations hyperboliques. A peine la première pierre fut-elle posée que le monde entier parlait déjà du plus important musée construit en Afrique depuis ces cents dernières années. Ainsi, c’est un défi de taille auquel se confronte le musée depuis septembre 2017.

Un espoir pour les Artistes contemporains africains malgré les polémiques

Alors que le musée allait ouvrir ses portes, l’architecte britannique Thomas Heatherwick avait déclaré: “d’ici, le grain était exporté vers l’étranger. Désormais, nous avons un lieu vers lequel l’art peut revenir et duquel il ne fuitera pas”. De ce fait, le musée affirmait d’ores et déjà sa volonté de s’imposer en centre névralgique de l’Art contemporain en Afrique. Néanmoins, des détracteurs ont pointé du doigt un certain opportunisme de la part de Jochen Zeitz dont la fondation personnelle n’aurait en réalité investi que très peu d’argent. Ainsi, l’institution se serait construite par les levées de fonds successives et dîners de gala. Cependant, Jochen Zeitz a permis au musée de se doter d’une collection d’envergure dès son ouverture, prêtée pour une durée indéterminée. Le Zeitz MOCAA reste une opportunité réelle pour les Artistes contemporains africains et leur aura internationale. Comme le précise la curatrice franco-marocaine Touria El Glaoui, “voir un premier musée avec une ambition mondiale sur le continent africain a toujours été une attente forte”. Ainsi, l’ambition est de pouvoir permettre aux Artistes de s’internationaliser sans devoir systématiquement s’exporter.

Cette photographie d'Iwan Baan représente l'extérieur depuis le Silo Square du Zeitz Museum of Contemporary African Art ouvert en septembre 2017 à Cape Town en Afrique du Sud.

Vue du Zeitz MOCAA © Iwan Baan

Une exposition inaugurale ambitieuse

L’exposition All Things Being Equal… qui inaugure l’institution a pour but de traiter des questions de représentation démocratique et géopolitique. En effet, elle tire son nom de l’oeuvre textuelle de l’Artiste Hank Willis Thomas. Le conservateur de l’exposition, Mark Coetzee, souhaitait représenter l’Afrique et ses diasporas à travers différents média: photographie, sculpture, peinture, vidéo. Le spectateur est volontairement laissé libre pour qu’il puisse extraire de l’exposition le sens qui lui paraît le plus approprié. Néanmoins, seulement 12 pays sont représentés alors même que les Nations Unies reconnaissent près de 54 pays sur le continent africain sans compter sa diaspora à travers le monde. L’Afrique du Sud est ainsi le pays le plus représenté, notamment avec les Artistes de renom que sont William Kentridge et Kendell Geers. En effet, ces derniers mélangent sculpture, vidéo et installations pour poser les bases d’une réflexion sur l’égalité sociale et comment un jeune Artiste du continent peut se construire au travers de son histoire, dont les épisodes de la colonisation et de l’Apartheid. Le Zeitz MOCAA a donc encore du chemin a parcourir pour remplir ses ambitions de prendre sous son aile les jeunes Artistes contemporains du continent africain à travers le monde.

Cette photographie de Jindřich Nosek (NoJin) représente une oeuvre de l'Artiste sud africain William Kentridge en 2012 à Naples en Italie.

Il cavaliere di Toledo, 2012, William Kentridge © Jindřich Nosek (NoJin)

 

Lisez notre article sur Zoé Bayard, peintre et Artiste Art-Trope ici.

Sources: Le Monde et Hypperallergic