• 8 Nov 2017

Agata Preyzner, Artiste peintre, se confie à Art-Trope et revient sur sa démarche artistique:

img_0504

© Agata Preyzner

Son parcours

« Entre ma mère, plasticienne et styliste, et mon père peintre et sculpteur, j’ai grandi entourée d’Artistes entre Varsovie et une maison-atelier à la campagne, très proche de la Nature. Enfant, j’adorais me plonger dans les mystères des contes slaves.

La première fois que mes dessins furent exposés, j’avais 3-4 ans, puis mon père me confiait des taches préparatifs comme reporter des calques ou mélanger des couleurs. Mais avoir un père peintre était pesant, donc par révolte, à l’adolescence, j’envisageais d’étudier l’astrophysique ou la médecine. Finalement l’Art me rattrapait.

Et me voilà, à 19 ans venue à Paris commençant mes études par les Beaux-Arts, pour terminer par le diplôme de l’Ecole Supérieure des Arts Modernes, en Arts Graphiques et dessin publicitaire. La venue en France était pour moi comme une seconde naissance. Je me suis pourtant rendue dans ma Pologne natale en été 1968 et prise au piège dans les événements de l’époque. Durant ce séjour devenu forcé, ce qui me manquait le plus, c’était l’odeur du métro parisien, l’emblématique symbole d’un lieu familier.

A mon retour en France j’ai pris la décision d’y rester pour toujours. Mes études m’ont donné des bonnes bases pour rentrer dans la vie professionnelle. Au début j’ai travaillé pour des agences de publicité, surtout pharmaceutique et médicale. Lassée, je me suis orientée vers l’illustration de presse et d’ouvrages littéraires, avant que la routine ne me fasse prendre la fuite.

Lorsque mes parents sont venus me rejoindre en France, quelques années plus tard, j’ai collaboré avec mon père sur des réalisations de mosaïques et de grandes compositions murales. J’ai toujours peint en parallèle et plus je continuais la peinture, plus je laissais tomber les à-côtés. »

Son domaine d’expression

« Avant tout, je me sens européenne ou même internationaliste. Mon travail ne renvoie ni à la couleur, ni à la composition, ni à la tradition de la peinture polonaise, même si on trouve certaines similitudes avec les thèmes de peintures de mon père et que sa venue en France a aussi changé sa création lui apportant une nouvelle perception de la lumière. Il avait une éducation picturale très classique, qui l’empêchait d’aller au-delà, alors que ma formation faisait voler les codes en éclats. Mais peut être mon subconscient garde des éléments de ma génétique…

Un matin je me suis réveillée en me disant que je ne pouvais plus faire du joli-gentil, comme avant, de la peinture pour plaire. Soudainement, cela me devenait insupportable. Je suis entrée dans une phase de recherche. Un jour, une fuite d’eau avait inondé une partie de ma nouvelle maison. Un carton contenant de la verrerie et du cristal s’est détrempé et quand j’ai voulu le soulever, tous les verres sont tombés et cassés. En ramassant les morceaux, j’ai trouvé intéressantes certaines formes, ainsi que le jeu de lumière dessus. J’ai essayé de le peindre. Les objets, qui auparavant étaient figuratifs, sont devenus abstraits.

Depuis, j’ai regardé le monde différemment. Malgré l’apparence ma peinture n’est pas abstraite. Elle vient toujours d’une base de réalité. Elle est liée à la forme, à la lumière, à la concordance des deux, à la déformation. Je peins aussi l’eau, les minéraux, les structures le ciel. Ma série sur l’eau vient de l’observation des vagues de l’Atlantique, et du Pacifique, j’ai des fils surfeurs, voilà.

Mes thèmes sont souvent liés à mes voyages, à mon environnement. Des choses vues, des choses ressenties. Mais l’inspiration peut également venir de musiques, de rêves. Je ne me sépare jamais de mon carnet de croquis, pour capturer des instantanées dont je m’inspire pour ensuite, dans l’atelier, reconstituer mes perceptions. »

Peinture d'Agata Preyzner, Pyrite 2, réalisée en 2005, huile sur toile, 65 x 65 cm

Pyrite 2, 2005 © Agata Preyzner

Son évolution

« Est-on fidèle quand on change ? Je ne me bloque pas sur un sujet. En continuelle recherche, je ne suis pas arrêtée sur une manière de faire. Je suis fidèle à ma propre honnêteté, à moins que ce ne soit de l’orgueil.

Comme le monde change, je puise dans ces changements, et j’évolue avec. A 71 ans, je ne suis toujours pas sûre d’avoir trouvé un style. Il y a cependant des thèmes récurrents comme l’espace ou les minéraux avec, actuellement 6 tableaux en cours. »

Oeuvre "Paysage urbain" par Agata Preyzner, réalisée en 2009, encre sur papier marouflé sur toile, 140 x 70 cm

Paysage urbain, 2009 © Agata Preyzner

Ses moyens de diffusion

« Pendant longtemps, je ne me sentais pas prête à exposer, probablement à tort. Je n’étais pas sûre de moi. Et puis faire et vendre ce n’est pas du tout le même talent. On ne peut pas se dédoubler aisément. Il faut quelqu’un derrière. Souvent, les peintres ont une personne qui les décharge du quotidien et s’occupe de toutes les tâches administratives et relationnelles. Quand on est une femme, et en plus mère de famille, la situation est d’autant plus difficile.

Le mois de novembre 2017 sera cependant chargé, avec la participation à l’exposition – vente des petits formats au profit d’enfants malades de l’Hôpital Armand Trousseau (111 des Arts, du 28 novembre au 3 décembre à la Mairie du 8ème), une participation au Salon Arami à Ermont, le plus important Salon du Val d’Oise, avec 3 nouvelles toiles de grand format sur le thème de la pluie et du beau temps, encore une autre au Salon de Champagne (4 tableaux) et au Salon de Montmagny (2 grandes encres).

On dit que le marché de l’Art ne s’est jamais aussi bien porté que maintenant, mais ça n’est vrai que pour les noms bien en place, ou pour la peinture ancienne qui coûte des fortunes, et ça relève aussi d’une forme de spéculation. L’achat devient un investissement, ce qui est préjudiciable pour le reste de ceux qui créent dans des conditions difficiles, même si leur travail est superbe. »

Peinture "Archétype 1" d'Agata Preyzner, réalisée en 2012, huile sur toile, 97 x 162 cm

Archétype 1, 2012 © Agata Preyzner

L’Artiste et Art-Trope

« Art-Trope soulève la problématique de déception des Artistes face au marché de l’Art contemporain aujourd’hui, et au chaos d’Internet. Beaucoup d’Artistes finissent par s’en retirer, et arrêtent d’être exposés. Virginie est quelqu’un de très courageux pour vouloir changer tout cela. J’aime le courage et l’aventure.

Aujourd’hui, je vends beaucoup plus dans mon atelier que grâce aux expositions, ce qui demande un investissement d’énergie, du temps, souvent d’argent, entre la recherche et la concrétisation. J’ai le grand espoir qu’en facilitant les contacts, Art-Trope va contribuer à libérer les Artistes des certaines contraintes et apporter des outils de communication, qui est aujourd’hui primordiale dans le contexte du développement de la carrière d’un Artiste. La liberté de penser, c’est la liberté de faire, et si on le fait sincèrement, on le fait mieux. »

Lisez notre dernier Article à propos des trois expositions à ne pas manquer dans les capitales de l’Art.