• 8 Mar 2018

Depuis le 30 janvier 2018 et jusqu’au 6 janvier 2019, le musée du Quai Branly à Paris présente pour la première fois ses collections d’œuvres issues de la période coloniale. L’exposition Peintures des lointains aborde les thèmes de l’exotisme et de l’Orientalisme en peinture mais s’attache surtout à mettre en lumière l’image tantôt fantasmée, déformée, réaliste, condescendante et cruelle des Artistes et leurs contemporains sur les empires coloniaux. Art-Trope a visité l’exposition.

Cette oeuvre figure parmi la collection du Musée du Quai Branly Jacques Chirac à Paris.

Exposition Peintures des lointains au Musée du Quai Branly à Paris © Art-Trope

Une collection dérangeante

Les 220 œuvres exposées dans le cadre de Peintures des lointains sont issues de collections longtemps cachées du musée du Quai Branly. En effet, elles retracent les multiples visions artistiques de l’époque coloniale entre 1830 et 1930. L’objectif de l’exposition est de permettre de distinguer fantasme et propagande dans un corpus d’œuvres hétéroclites, tant dans la forme que dans le fond. La collection d’origine dont son extraites les 220 œuvres présentées a été constituée en 1931 à l’occasion de l’Exposition coloniale de la même année. En effet, le Palais de la Porte-Dorée à Paris, construit spécialement pour l’occasion, abritait alors la collection. Il est aujourd’hui le musée de l’Histoire de l’immigration. La collection rejoint le musée du Quai Branly – Jacques Chirac en 2003.

De la rêverie à la réalité

Le parcours de l’exposition se construit sur le modèle du mirage. En effet, les premières œuvres donnent la part belle à l’exotisme et à l’Orientalisme. Les Artistes de l’époque, fascinés par le voyage, dépeignent villes portuaires et jungles luxuriantes sous des traits idylliques et mystérieux. Ainsi, l’Artiste Proper Marilhat rassemble artificiellement des mosquées dans un tableau intitulé “Mosquée dans la Basse Egypte”. Peu à peu le mirage s’estompe pour laisser place à la réalité froide et cruelle des conquêtes coloniales de l’époque. En effet, à mesure que l’on s’approche des années 30, le regard devient plus ethnographique et plus empathique. C’est alors qu’interviennent des œuvres de propagande de l’Etat français à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931, exhibant les grands travaux de ces territoires. Ainsi, la Commissaire de l’exposition Sarah Ligner a déclaré aux Beaux-Arts Magazine: “ce que ces peintures ne disent pas, c’est que des milliers d’hommes sont morts dans des conditions terribles, exploités sur ces chantiers.”

Cete oeuvre est entrée dans la collection du Musée du Quai Branly Jacques Chirac à Paris en 2003.

Exposition Peintures des lointains au Musée du Quai Branly à Paris © Art-Trope

Combattre les stéréotypes

L’exposition apporte un soin particulier à mettre en exergue la prépondérance de nombreux stéréotypes de l’époque. Ainsi, il s’agit d’interroger nos perceptions actuelles sur une époque révolue mais encore récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité. “Plus d’un demi-siècle après la décolonisation, il est nécessaire de regarder attentivement ces œuvres et de sonder leur invisible fait de stéréotypes, d’impensé, de travestissement, de déni” explique Stéphane Martin, Président du Musée du Quai Branly. Bien que les œuvres exposées ne soient pas des pièces majeures d’Art, les histoires qu’elles racontent ont une puissante capacité réflective. Si l’on dénombre quelques pièces de l’Artiste Paul Gaugin, la plupart de ses contemporains ne sont pas passés à la postérité. Cette collection a donc plus une valeur historique qu’esthétique bien que quelques perles se cachent ici et là.

Cette oeuvre fait partie des collections de l'époque coloniale du Musée du Quai Branly à Paris.

Exposition Peintures des lointains au Musée du Quai Branly à Paris © Art-Trope

 

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Source : Beaux-Arts Magazine