• 13 Fév 2018

Quelques jours avant la nouvelle année 2018, un scandale frappe la Ville de Paris. Le Musée Pinault, collection éponyme du milliardaire à la tête de Kering, acquiert l’ancienne Bourse de Commerce de Paris située dans le quartier des Halles pour la somme de 15 centimes. En effet, après de longs travaux, la Mairie de Paris a cédé le bâtiment pour un bail emphytéotique avec des modalités de versement bien définies. Malgré la polémique, le musée verra le jour comme prévu en 2020.

Cette photographie de Taltyelemna représente le dôme de la Bourse de Commerce de Paris, future fondation Pinault.

© Taltyelemna

Un bâtiment historique en plein cœur d’un quartier en pleine mutation

La Bourse de Commerce de Paris a été érigée en 1885 dans le Palais Brongniart. C’est l’architecte Henri Blondel, qui fut chargé des travaux et modifia la coupole en fonte et verre tout en ré habillant l’ensemble du bâtiment. Ainsi, cette rotonde du XIXème siècle se situe dans le quartier parisien des Halles, en pleine mutation avec la récente ouverture du centre commercial semi-souterrain. L’ancienne Bourse de Commerce fut attribuée à la chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCI) en 1949. Le 27 avril 2016, François Pinault, milliardaire fondateur du holding Artémis et du groupe Kering, et la Mairie de Paris ont annoncé publiquement l’installation prochaine d’une partie des collections d’Art de François Pinault dans l’ancienne Bourse de Commerce de Paris. C’est par l’intermédiaire de la fondation Pinault que les collections seront présentées et gérées.

Cette photographie prise par Xenophon75 et représente le bâtiment de la Bourse de Commerce de Paris dans le quartier des Halles.

© Xenophon75

Une polémique retentissante

Le 27 décembre 2017, le journal Le Canard enchaîné, publie des révélations impliquant François Pinault et la Ville de Paris. En effet, selon l’hebdomadaire, le projet aurait “déjà coûté au moins 63 millions de trop à la mairie de Paris”. Au total, le rachat du bâtiment à la Chambre de Commerce et d’industrie s’est fait à hauteur de 86 millions d’euros. Or, Le Canard enchaîné affirmait que la mairie de Paris aurait pu le racheter pour la somme de 15 centimes d’euros. Effectivement, la ville de Paris s’était engagée à récupérer le bâtiment afin de le concéder pour une durée de 50 ans à la Fondation Pinault, avec une redevance annuelle en contre-partie. Ainsi, au terme du bail, la Ville de Paris reprendrait le contrôle du lieu. La Fondation Pinault devrait alors financer les travaux de rénovation entrepris par l’architecte japonais Tadao Ando. Néanmoins, l’hebdomadaire a trouvé une clause dans le contrat original de 1949 stipulant que la Chambre devait être cédée à la ville de Paris pour un franc symbolique. La Mairie de Paris a immédiatement réagi en affirmant qu’il était impossible de réacquérir le bien pour la somme d’après-guerre. Au total, la facture de 86 millions d’euros correspond au 65 millions de rachat auxquels s’ajoutent les 23 millions d’indemnisation de la de la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Cette photographie est un portrait de François Pinault par S. Plaine / CC-BY-SA-4.0.

François Pinault © S. Plaine / CC-BY-SA-4.0

Une ouverture maintenue pour 2020

Malgré le tremblement de terre médiatique, le musée Pinault verra effectivement le jour en 2020. Ainsi, il s’agira pour la fondation de proposer “une programmation pluridisciplinaire, avec de nombreuses expériences à la croisée des Arts plastiques, de la musique, du théâtre, de la littérature et du cinéma”. C’est du moins ce qu’avait confié François Pinault au journal Le Monde en 2016, lorsqu’il évoquait Martin Bethenod, qui dirige les fondations vénitiennes, comme chargé de la programmation de la fondation parisienne. Lors de la Nuit Blanche 2017, deux vidéos d’Art contemporain ont été présentées à l’Eglise Saint Eustache comme un avant-goût de la future collection du bâtiment voisin. Il s’agissait des Artistes Lutz Bacher et Anri Sala pour les vidéos “Please”et “Uomoduomo”. Art-Trope les avait partagées avec ses abonnés. Le parcours de sortie de débâcle médiatique accentue la pression autour de la programmation de la future institution. De plus, son emplacement stratégique à quelques pas du centre Pompidou, en fait un enjeu culturel de taille pour la Ville de Paris. Les conditions du bail emphytéotique concédé à François Pinault restent nébuleuses. En revanche l’ouverture, elle, se distingue très clairement à l’horizon.

Lisez notre article sur Gaël Charbau, nouveau directeur artistique de la Nuit Blanche 2018 ici.

Sources: Le Monde et Le Figaro