• 25 Avr 2018

Longtemps considérée comme dépassée et vintage, la tapisserie d’Art a pourtant intéressé les plus grands Artistes de l’Histoire. Matisse, Picasso, Fernand Léger. On ne compte plus ces grands noms qui se sont frottés à l’Art de la tapisserie. Pour rendre justice à cette discipline la galerie des Gobelins à Paris propose l’exposition “Au fil du siècle, 1918-2018, chefs-d’oeuvre de la tapisserie” du 10 avril au 23 septembre 2018.

Maison couverte de tapisseries

© Pixabay

L’Art de la tapisserie: une discipline séculaire

La pratique de la tapisserie d’Art remonte à l’Antiquité. En effet, de la Mésopotamie en passant par la Grèce mais également au Pérou et en Chine, l’Art de la tapisserie a toujours fait partie intégrante des Arts Décoratifs. Pendant des siècles, elle a surtout été la transposition de peintures célèbres sur de la broderie par des Artistes anonymes. Cependant, à partir de l’entre deux Guerres Mondiales la tapisserie commence à être réappropriée par des Artistes contemporains qui en transforment l’usage. Ainsi, de grands Artistes tels qu’André Masson, Le Corbusier ou encore Fernand Léger se sont prêtés au jeu du tissage. En 1947 par exemple, Matisse en transposé son oeuvre “Femme au luth” sur une tapisserie de laine. Art-Trope s’était entretenu avec Koré Yoors, fils de Jan Yoors, Artiste mondialement reconnu notamment pour ses tapisseries révolutionnaires. “La plupart des gens pensent la tapisserie comme un objet d’artisanat ou d’histoire datant du Moyen Age. Mon père avait une approche différente. En brodant une unique tapisserie depuis un cartoon grandeur nature, il questionne alors l’idée de la tapisserie comme un objet mais aussi un moyen de fabriquer des éditions multiples” nous a confié Koré Yoors.

Inevitable Interaction (Interaction inévitable) par Jan Yoors, collection du Metropolitan Museum of Art

Inevitable Interaction (Interaction inévitable) par Jan Yoors, collection du Metropolitan Museum of Art © Yoors Family Archive

Aller au-delà de la transposition de la peinture: la tapisserie contemporaine

Depuis les années 20 la tapisserie change radicalement de positionnement. Il n’est plus question de retranscrire une oeuvre par la broderie. Les versions tissées sont uniques et transcendent l’original. Dans l’exposition “Au fil du siècle, 1918-2018, chefs-d’oeuvre de la tapisserie” à la galerie des Gobelins, le tableau “Poursuite” d’André Masson fait face à son alter ego brodé. D’autres éléments y sont mélangés comme le sable pour créer la surprise. De même l’Artiste phare de l’Art Cinétique qu’est Victor Vasarely utilise la tapisserie pour créer des illusions d’otique. La galerie présente d’ailleurs l’oeuvre “Dia or” qui joue sur le relief pour créer un carré lumineux en plusieurs dimensions. Les Artistes repoussent ainsi toujours plus loin les frontières autrefois bien établies entre les Beaux-Arts et la tapisserie. C’est le cas notamment d’Alicia Penalba dont les œuvres combinent matériaux naturels et synthétiques cousus ensemble puis fixés sur un cadre. De ce fait, la limite entre la tapisserie et la sculpture se fait plus ténue.

Un Art injustement oublié

Malgré la richesse de la tapisserie et de son Histoire, elle reste la grande oubliée des expositions des plus grandes institutions internationales. En 2009, le Metropolitan Museum of Art de New York avait organisé le symposium intitulé “Redemption: Tapestry Preservation Past and Present”, en l’honneur de la tapisserie de Burgos issue des collections de The Cloisters. Néanmoins, la focale reste alors sur l’aspect médiéval et religieux de la discipline. En effet, son côté moderne et contemporain n’est que rarement mis en valeur. Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris avait accueilli en 2014 l’exposition “Decorum: tapis et tapisseries d’Artistes” rassemblant des œuvres d’Artistes majeurs essentiellement du XXème siècle. Pourtant, les collections des musées ne manquent pas de ces trésors tissés rarement exhibés. En attendant les prochains rendez-vous de la tapisserie contemporaine, la sortie récente de la biographie de Jan Yoors, “Hidden Tapestry” par Debra Dean devrait donner matière à réflexion.

Tapisserie

© Pexels

 

Lisez notre article sur le boom du Yoga dans les musées ici.

Sources: Télérama et The Guardian